EXPOSITIONS / MJC « LES HAUTS DE BELLEVILLE »

Du 25 janvier au 10 février / Ouvert du mardi au vendredi / Entrée libre

• Exposition « Belleville en Mémoire », par la MJC Des Hauts de belleville et l’association Le Lien des Lilas.

La MJC présente une partie de l’exposition photographique « Notre quartier Jadis et après » réalisée par l’association « Le lien des Lilas » qui témoigne de l’évolution du quartier. « L’histoire d’un quartier, c’est son évolution dans le temps, mais c’est d’abord une histoire de gens...»

• Exposition « 125 rue du Faubourg du Temple » - Mémoire de l’immigration maghrébine en France. De Leïla Bousnina.

- Photographies.

copyright - Leila Bousnina copyright - Leila Bousnina

historique du projet

A leur arrivée en France, dans les années cinquante-soixante, au moment des  « 30 années glorieuses », les entreprises industrielles françaises, en manque de main-d’œuvre, ont fait venir en masse des travailleurs natifs de tout le Maghreb. Les travailleurs immigrés, représentant une main d’œuvre peu coûteuse et abondante, ont été logés dans des petits hôtels, des foyers ou dans des bidonvilles. Certains hommes mariés, ont fait venir leur famille en France, autorisés par la législation sur le regroupement familial. D’autres travailleurs ont préféré laisser leur famille au pays, pensant pouvoir retourner auprès des leurs une fois la retraite arrivée.

« 125 rue du fbg. du Temple », en plein cœur de Paris, à Belleville plus exactement, se situait un ancien hôtel meublé, qui, depuis 2002 a été interdit à l’habitation, pour cause de délabrement très avancé. Dans ce lieu vivaient d’anciens travailleurs immigrés natifs du Maghreb, aujourd’hui à la retraite, ou en pré-retraite, ainsi que des travailleurs célibataires.

M. Aïssa MEBARKI, retraité - copyright Leila Bousnina M. Aïssa MEBARKI, retraité - copyright Leila Bousnina

« …quand j’étais enfant, mon père avait émigré en France, il venait juste pour les vacances. Il était manœuvre dans le bâtiment : en 14-18, il a été mobilisé pour aller faire la guerre, par force, et il a fait aussi la deuxième guerre mondiale, après il est resté en France travailler jusqu’à l’âge de 63 ans et il est retourné en Algérie en novembre 1961, et au mois de juin 1961, c’était à mon tour de venir, et deux ans et demi après il est mort… »

« …Pendant la guerre d’Algérie, on était coupé en deux, d’un côté l’armée française te disait : « allez ! » et de l’autre côté les Moudjahiddins te disait aussi « allez ! », on avait une moitié pour l’un, et l’autre moitié pour l’autre camp. La journée les français nous faisait travailler et le soir c’était le tour des Moudjahiddins, on se fatiguait, le jour et la nuit, plus la misère, et tout…»

• Exposition « Alter Mundi ? » de Julien Pelletier.

- Installation audio-visuelle.

copyright - Julien Pelletier copyright - Julien Pelletier

Introduction

Entre démarche artistique et anthropologique, le projet « Alter Mundi ? » crée une assemblée de portraits “parlant”, montrant des personnes habillées en costume de colon, qui, par leurs témoignages, donnent matière à interroger les mécanismes à l’œuvre chez l’individu dans les perceptions de l’autre, des autres réalités, et les perceptions de soi dans ces autres réalités. La figure coloniale, en association avec le discours de la personne, est employée ici symboliquement afin de traduire l’ambiguïté de notre regard sur l’autre et sur l’ailleurs. Car les mythes qu’elle contient (le pionnier, l’aventurier, l’explorateur, le missionnaire, le militaire, l’esclavagiste, etc...) s’opposent au même titre que se contredisent les valeurs culturelles qui influencent aujourd’hui notre regard : désir d’ailleurs d’un côté mais appréhension de l’inconnu de l’autre, élan humanitaire mais culpabilité, curiosité pour la différence mais méconnaissance interculturelle...

Description de l'exposition

    Dans sa forme initiale, l’exposition présente une assemblée circulaire de huit portraits photographiques (échelle 1/1, 50 x 40 cm.) "parlant" ensemble. Chaque photographie représente une personne différente posant en costume de colon. Un dispositif sonore diffuse la parole de chaque personne photographiée sous son portrait.
    Cette galerie de portraits inspire un profond sentiment d'uniformité et de gravité. Tous ces portraits respectent les mêmes conditions de prise de vue : point de vue en référence à la photographie anthropométrique (cadrage en buste, pose de trois-quarts), costume de colon blanc sur fond noir, très grande netteté, impassibilité du visage et absence du regard.
    Chaque portrait est équipé d'un petit haut-parleur qui émet le témoignage de la personne, donnant ainsi l'impression que tous les portraits entretiennent ensemble une discussion. Dans ces enregistrements, l'individu photographié fait part aux spectateurs de ses expériences et de ses conceptions de l'ailleurs et de l'autre. Ces témoignages donnent matière à interroger les mécanismes à l'œuvre chez l'individu dans les perceptions de l'autre, d'autres réalités, et les perceptions de soi dans ces autres réalités.
    Cette mise en scène, qui utilise les nouvelles technologies d'interactivité en temps réel, est conçue pour que chaque visite de l'exposition soit une expérience unique. Les portraits "parlent" de manière aléatoire, à des rythmes différents, chaque parole étant ainsi souvent parasitée par ses voisines. Parfois seul un portrait "parle", parfois quelques-uns se "répondent" en différents points de la salle, parfois tous "parlent" ensemble, en complète cacophonie.
Ce désordre sonore contraste fortement avec l'uniformité visuelle des portraits et cherche à traduire la complexité du réel qui se construit à la convergence de cette profusion d'interprétations du monde. Le spectateur devient ainsi ce centre vers lequel convergent toutes ces subjectivités : par son déplacement, il peut privilégier l'écoute d'un seul portrait en s'en rapprochant ou faire l'expérience de l'amalgame de tous les discours en se plaçant au centre de la salle.

copyright - Julien Pelletier copyright - Julien Pelletier

La figure coloniale

    Dans cette mise en scène, la figure coloniale est employée symboliquement afin de porter l'interrogation sur les fondements de certaines de nos valeurs culturelles et sur leur évolution dans l'inconscient collectif contemporain. En effet, cette figure du colon est ambiguë, elle contient deux représentations fondamentales qui s'opposent. La première fait référence à notre désir de découverte, au voyage, à notre attirance pour l'ailleurs, à une forme d'universalisme : elle renvoie au mythe de l'aventurier, du voyageur, du pionnier, de l'explorateur, etc... La seconde personnifie la domination exercée par l'occident sur d'autres cultures, elle renvoie à notre hégémonie et à notre expansionnisme historiques : elle incarne à elle seule la figure du militaire, du propriétaire terrien, du missionnaire, de l'esclavagiste, etc... Cette mise en scène veut utiliser ce conflit sémantique contenu dans la figure du colon pour traduire les contradictions qui perturbent aujourd'hui notre regard. En effet, notre regard sur l'autre est aussi conditionné par ces deux pôles : élan humanitaire d'un côté mais culpabilité de l'autre, curiosité pour la différence mais méconnaissance interculturelle, fascination pour l'inconnu mais peur suscitée par les informations rapportées de l'étranger quand elles sont l'unique rapport entretenu avec cet étranger inconnu, etc...

L'utilisation de la photographie

    La photographie est utilisée pour poser un regard froid et objectivant sur la personne représentée : dans ces représentations stéréotypées, l'autre devient objet d'un concept, il est dépouillé de ses autres dimensions. Le point de vue adopté pour ces portraits opère un effet déshumanisant sur la personne et sert à manifester l'assujettissement de l'individu au regard de l'autre : le regard, toujours partiel, induit une réduction de l'être humain.
L’acte photographique, utilisé ainsi, est un acte dominateur reproduisant celui des colons historiques, qui ont pratiqué la photographie pour s’approprier, en les interprétant, des réalités qui leur étaient inconnues.

Les témoignages sonores

    Le principe de cette installation est d'opposer un contraste fort entre l’uniformisation de ces représentations figées et la richesse qui se révèle dans la diversité des témoignages.
Chaque participant témoigne, de manière très intime, des rapports qu’il entretient avec l’ailleurs, qu’ils aient été vécus, reçus, ou fantasmés. Ainsi, chaque témoignage est une transcription de l'imaginaire de la personne, un contenant de réel potentiel. En nous faisant part de leur manière de voir, ces personnes nous permettent de comprendre les processus de représentation de l’autre et de l’ailleurs, à l'œuvre chez l'individu, et les manières dont s'échafaudent les constructions du réel. Toutes ces paroles sont autant d'interprétations du monde, autant de propositions de réalités, utilisées comme une matière artistique vivante. Cette installation sonore génère un foisonnement interminable et tous azimuts de subjectivités. De leur accumulation et de leur interaction naît un vertige. Parvenir à traduire ce vertige, cette confusion, est une hypothèse artistique de suggestion de la réalité qui va à l'encontre de la notion de représentation. En parcourant l'exposition, d'un point de vue à l'autre, le spectateur peut ainsi faire l'expérience de la relativité du réel.

> + d'infos au sujet de Julien Pelletier : www.julienpelletier.fr